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Combien sommes-nous à être vivement interpellés par les atrocités de ce monde? Guerres, famines, pauvreté, coercition généralisée, etc.? Combien sommes-nous à avoir une forte réaction émotionnelle lorsque nous prenons pleinement connaissance des horreurs quotidiennes jonchant notre planète? Combien sommes-nous à avoir l’estomac noué devant l’ampleur silencieuse des bouleversements climatiques? Combien sommes-nous à être profondément outrés lorsque nous apprenons qu’on modifie génétiquement nos aliments, qu’on y ajoute des substances toxiques, qu’on les irradie et qu’on a l’audace de nous dire qu’ils sont bons pour la santé? Combien sommes-nous à avoir une profonde aversion pour la pédophilie organisée – lieu commun des « grands » de ce monde? Combien sommes-nous à être horrifiés devant les génocides quotidiens des Palestiniens, des Irakiens, des Congolais, etc. et de tous ces peuples autochtones dont nous avons sauvagement pris les terres? Combien sommes-nous à souffrir de la souffrance d’autrui? Combien sommes-nous à nous sentir consternés et violés de nos droits humains fondamentaux devant l’irréelle surveillance tous azimuts de nos activités en ligne, de nos achats, de nos conversations téléphoniques, de nos données médicales, etc.? Combien sommes-nous à nous sentir emprisonnés dans un quotidien fait de travail en vue d’une survie économique, fait de lois liberticides en vue d’une « sécurité » qui nous étouffe et fait de divertissements visant à taire notre voix intérieure? Combien sommes-nous à sentir qu’il y a quelque chose de fondamentalement inadéquat avec le monde moderne actuel?

Combien sommes-nous?

Beaucoup.

Beaucoup d’appelés.

La vie elle-même nous interpelle, et tous sont appelés à répondre à l’urgence de la situation, quelle qu’elle soit. Chaque déchirement intérieur, soit-il issu des ignominies mondiales ou de la santé précaire d’un être proche, c’est la Vie qui nous interpelle à l’action, qui nous appelle à interagir, à entrer en symbiose avec elle.

Mais devant l’ampleur d’une réalité majoritairement accablante, devant la quasi insoutenable et omniprésente complexité du système social actuel, devant sa cruauté évidente – bien qu’euphémisée et déguisée par la publicité, les médias et la science comme étant quelque chose de bien, d’humanitaire, de sécuritaire et d’évolué – nous croulons habituellement sous le poids du Dieu Argent et des obligations quotidiennes nous forçant alors à un repli défensif sur nous-mêmes. Nous nous atomisons, nous nous séparons les uns des autres préférant vivre par procuration dernière nos écrans, divisant ainsi les communautés et éparpillant les responsabilités citoyennes à tout vent.

Devant un état actuel des choses si Goliatesque, plutôt que de s’improviser David nous nous rabattons rapidement sur l’entropique « c’est comme ça et nous n’y pouvons rien » préférant ainsi nous défaire rapidement du poids de la lucidité, reléguant nos prises de conscience au rang de la philosophie, de l’utopisme ou même des « pensées négatives ».

L’objectivité est lourde à porter, la lucidité un œil sans paupière et la responsabilité personnelle une tare à médicamenter.

Un conte autochtone relate :

Un jour il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s’affairait, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Aller-retour, inlassablement. Girafes, lions, éléphants, zèbres, gazelles, singes, serpents, hippopotames, et autres animaux regardaient, simplement terrifiés de la situation. Au bout d’un moment, un tigre, agacé par la futilité apparente des agissements dérisoires du colibri, lui dit : « Tu n’es pas fou? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu? » « Je sais bien, répond le colibri, mais je fais ma part. Je fais ce qui doit être fait avec les moyens limités que j’ai ».

Peu d’élus.

Bien que les mensonges soient rois, que les souffrances soient la norme et qu’un incendie fasse rage dans la forêt humaine, peu deviennent acteurs en s’incorporant à la problématique en tant que solution.

Nous préférons élire des représentants, des gouvernements et de chefs pour agir à notre place. Nous n’aimons pas les responsabilités.

Peu d’élus.

Mais au fait, qui a bien pu élire le colibri?

Personne. Il s’est élu lui-même.

La compréhension de l’urgence, le sentiment du devoir et le désir d’aider sont les moteurs de l’action.

Ainsi en est-il : nous devons nous élire nous-mêmes.

Tout ce qui est nécessaire afin que le mal triomphe c’est que les hommes bons ne fassent rien.

-Edmund Burke

Se rééduquer

L’ « éducation » agit trop souvent comme poseur d’œillères plutôt qu’éveilleur. Nous martelant sans cesse ce qui existe ou n’existe pas, ce qui est possible ou impossible, ce qu’il convient de faire ou ce qui ne convient pas, elle en vient à façonner notre perception de la réalité et elle régit nos comportements. Pression sociale oblige. Pression économique oblige. Il serait plus juste de parler de formation que d’éducation proprement dite car cette dernière nous forme pour le marché du travail, lui-même nous formant à l’exploitation de l’homme par l’homme. La « loi du plus fort » (sic) oblige.

Mais tout ceci n’est que conventions. Se rééduquer devient donc nécessaire.

La vie nous interpelle, alors étudions la Vie elle-même : la nature humaine, les cycles naturels, la relation entre les êtres humains et l’Univers, etc. Nous devons, pour ce faire, briser tous les moules cognitifs accumulés, balayer notre plancher mental des débris ainsi créés et rebâtir une compréhension saine, juste et la plus objective possible de ce qui est. Lire, discuter, faire nos propres recherches, partager, réfléchir et ne rien accepter sans tester, expérimenter jusqu’à ce qu’une concordance émerge entre notre propre raison, notre bon sens et les données ainsi acquises.

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Faire circuler l’information

« Ouvrez 10 blogues sur le même sujet » disait un hacker anonyme. Il n’avait pas tout à fait tort : c’est exactement ce que fait la culture officielle en tournant en boucle la propagande d’État, les divertissements de masse et les mensonges socialement acceptés. Via les journaux, la télévision, la radio et même le Web, les mensonges du statu quo voient leur présence décupler. Mais les contraires s’attirent, équilibre oblige. Les mensonges attirent la Vérité. Pourquoi ne pas nous faire porte-parole de cette dernière en « ouvrant 10 blogues » dénonciateurs? Il ne tient qu’à nous d’apporter notre pierre à l’édifice. Là où nous nous trouvons, avec les moyens dont nous disposons, chacun a la possibilité de faire une différence et d’aider à informer les autres. Un tantinet de créativité, une volonté ferme de mettre terme aux mensonges et nous voilà avec une chaîne YouTube, un blogue, un podcast, un éditorial dans notre journal local… nous voilà à coller des affiches dénonciatrices sur les annonces publicitaires, à prendre parole à notre conseil municipal, à donner des conférences. Chacun à sa manière, chacun selon ses moyens.

Aussi, l’idée d’ouvrir « 10 blogues sur le même sujet » rend obsolète la préconception qu’il est inutile de faire ce que quelqu’un d’autre a déjà fait, de « réinventer la roue » car plus il y aura de roues, plus vite nous roulerons, plus rapidement l’information circulera. Son accessibilité et sa disponibilité n’en seront que décupler et il sera plus aisé pour qui cherche de trouver.

L’effet colibri

Bien que les défis sociaux actuels soient de taille (cartel pharmaceutique, lobby OGM, propagandes guerrières, etc.) et bien que nous soyons clairement conscients de n’être qu’un petit colibri – fou de surcroît! – face à un gigantesque incendie d’exploitations sociales, de crimes contre l’humanité et de mensonges tous azimuts, comprenons que cet incendie n’est en réalité que tout petit face à la force extinctrice que peut former une horde de petits colibris. Il n’est plus ou moins que le « 1% » dénoncé par le mouvement Occupy. « Nous sommes légion », disent les Anonymous. Ils n’ont pas tort. Seulement, nous devons nous élire, nous-même, individuellement, et ensuite nous supporter collectivement : efforts, temps et argent. L’effet colibri.

Donner ne nous appauvrit pas, donner nous enrichit

Lorsque j’utilise un logiciel libre, qu’il me sert et m’aide dans mes tâches, je prends le temps de payer un café à son auteur. Lorsqu’une musique libre de droits me plaît, que je la télécharge et l’écoute, je prends le temps de faire un don à l’artiste. Récemment, il m’est venu à l’idée de faire circuler des informations importantes (« omises » par les médias) via le système de publicités de Facebook. Certes, il peut sembler ridicule et idéaliste de croire que de remplacer une femme botoxée invitant à la rencontre par un article dénonçant Monsanto soit d’une quelconque utilité réelle, mais pour quelques euros seulement j’arrive à atteindre (cliques à l’appui) plusieurs centaines de personnes! Mes efforts, mon temps et mon argent au profit d’informer autrui? Tout simplement enrichissant! En toute franchise, je ne m’en sens que mieux nanti intérieurement, c’est presque palpable.

Créativité et efforts au service des autres, voilà, à mon sens, la vraie et seule recette du bonheur et de l’épanouissement.

À l’inverse, amasser et conserver pour soi est tout simplement une dynamique entropique.

Posséder, c’est détruire un peu.

Le caractère instable de la possession et sa volatilité insécurisante nous poussent aussi à protéger nos avoirs et nous nous résignons donc, au risque de ne pas en jouir nous-mêmes, à mettre certains articles « au coffre-fort ». Lorsque nous ne nous servons pas de nos biens, nous préférons de loin les ranger plutôt que les prêter ou les mettre en disponibilité au risque d’y trouver une égratignure ou, pire encore, ne plus les revoir. Ce faisant, nous en réduisons l’utilité car l’objet est ainsi inutilisé, indisponible. Il serait totalement détruit ou inexistant durant ces moments d’indisponibilité que seul notre sentiment de sécurité face à l’objet et sa possible utilisation future changerait. Ménager nos objets, paradoxalement, revient donc à les détruire un peu. [1]

Objets, connaissances, efforts : le même principe est a l’œuvre lorsque nous ne les partageons pas.

Faisons donc tourner les connaissances, faisons tourner l’économie du don et de l’effort. Faisons circuler la vérité pour voir ce que le mensonge a à dire pour sa défense, faisons circuler cette contagieuse envie de l’entraide visant l’émancipation plutôt que l’asservissement.

Ça nous reviendra immanquablement. Principe d’équilibre, principe de coopération.

Un cercle et non une pyramide.

-Webmestre Zone-7

 


Notes :

[1] L’illusoire concept de la propriété