casse-tete

Jamais tu ne trouveras la vérité entière isolément, elle sera toujours éparse et tu devras la reconstruire toi-même.

Le Manuel de l’utilisateur

 

S’il y a un piège qui revient sans cesse sur le chemin de la connaissance, c’est bien celui de jeter l’ancre : s’imaginer avoir enfin compris quelque chose de façon définitive et y figer notre conception en considérant nos idées comme valides, accomplies et immuables. Trop souvent, nous omettons de réviser nos positions, notre compréhension relative à un sujet donné et, ce faisant, nous transformons de simples informations en croyances plutôt qu’en un champ fertile de questionnements continus. Nous nous immobilisons dans un dogme, soit-il à caractère religieux, scientifique ou autre, souvent en élevant un auteur, un ouvrage ou une philosophie au-dessus de tout le reste. Et surtout, au détriment de tout ce reste. Ce « reste », d’une importance capitale, est le miroir des imperfections et des faussetés de notre pensée et de nos croyances erronées. Imperfections que nous aurons tendance à protéger à coups de dissonance cognitive, mais pour lesquelles ce « reste », d’une façon toute naturelle, se fait l’avocat du diable. Il vient mettre en doute nos convictions et impose le questionnement. D’ailleurs, qu’il soit lui-même vrai ou faux n’a pas d’importance : c’est notre planche de salut vers l’ouverture à autre chose et donc, par définition, à de nouvelles connaissances potentielles. On ne trouve pas de gemmes sans imperfections et c’est justement ce qui les rend authentiques et donc précieuses.

Il est donc inutile d’élever de quelconques maîtres à penser sur des piédestaux puisqu’aucun d’entre eux n’a su ni pu détenir la vérité, rien que la vérité, je le jure. Qu’il soit Eckart Tollé, Jésus Christ, Jiddu Krishnamurti, Albert Einstein, Bouddah, Gurdjieff, Mohamet ou Bruce Lee, aucun d’eux, aussi « élevés » que nous les jugions, ne possédait la vérité entière et immaculée. Leurs enseignements sont jonchés de fausses pistes et d’erreurs de jugement ou de logique. Idem pour les philosophies ou les religions : que ces dernières proviennent de l’Est, de l’Ouest, du Nord, du Sud, d’un passé très lointain ou même d’une canalisation en provenance du futur, elles n’ont aucune chance de s’avérer totalement valides ni complètes.

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Butiner et faire des liens

C’est la raison pour laquelle, dans toute quête de connaissances, l’idée principale à retenir en est une de ratissage, et ce, aussi large que peut. Trop souvent, la réponse à une question dans un domaine X ne se trouvera uniquement qu’en recoupant un concept issu du domaine Y avec une information en provenance du domaine Z. C’est la science médicale qui a apporté un éclairage intéressant au psychisme humain et au pouvoir de la suggestion (effet placebo). Au préalable, c’est la botanique qui aura donné du vent dans les voiles à Big Pharma. Etc. Plus large sera l’éventail des informations collectées, des sphères étudiées, plus holistique sera notre compréhension de ce qui est. L’étude de différents domaines, à première vue hétéroclites, est essentielle. Nous devons nous informer en allant dans le plus grand nombre de directions possibles à la fois : astronomie, psychologie, religion, géologie, politique, climatologie, histoire, physique, musique, mathématiques, anatomie, parapsychologie, etc. Cette accumulation d’informations éparses, mais complémentaires, nous permettra de dégager une compréhension du monde qui nous entoure – ainsi que de nous-mêmes – qui soit la plus objective possible. Tous les sujets sont dignes d’intérêt, sans exception. N’en écarter qu’un seul serait similaire au fait de laisser de côté une pièce de casse-tête simplement parce que sa couleur ne nous plaît pas. Ceci nous éloignera invariablement de notre but : une compréhension plus juste.

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Élargir nos horizons

Bien qu’il y ait de nombreuses disciplines de recherche académiques standards, il est indispensable de nous ouvrir à des conceptions étrangères. Ainsi, nous faudra-t-il oser défier notre entendement en nous imprégnant des théories et pratiques spirites, plonger tête première dans l’univers déroutant des ufologues et des contactés, confronter des esprits aussi tortueux que celui d’Aleister Crowley et sa magie rituélique, plonger au cœur des complots les plus fous, etc. Tout ceci en conservant un esprit ouvert (bien que critique) même si ce dernier rejette a priori tout ce que nous lisons ou ne s’intéresse pas, au premier abord, à un sujet donné. De plus, il nous faudra conserver dictionnaires, encyclopédies et autres références à portée de main : notre ignorance est surprenante. Et ne serait-ce que pour l’exercice, les films de science-fiction, les romans fantastiques, les essais pataphysiques ou même la poésie font de bons « ouvre-boîtes ».

Le moule social qui nous a façonnés depuis la tendre enfance (et qui nous façonne toujours) est habituellement beaucoup trop rigide et exclut systématiquement un éventail important de données pourtant accessibles. La plupart d’entre nous n’avons qu’une très faible conception de notre univers inconscient, nous anthropomorphisons beaucoup trop les phénomènes dits paranormaux (ovnis, spirites, psychiques) et nous ridiculisons aisément canalisations et complots. Il nous faut briser ce moule à tout prix sans quoi le statu quo officiel demeurera notre gabarit de pensée et demeurera le dogme dans lequel le « reste » ne sera plus le miroir des défauts de notre vision de la réalité. Les nouvelles données doivent à tout prix se frayer un chemin dans notre psyché même si elles bouleversent notre confortable petit quotidien routinier.

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Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain

Trop souvent, même lorsque nous nous considérons ouverts et curieux, nous ne prendrons pas au sérieux une affirmation, un concept ou une idée simplement parce qu’elle vient d’une source que nous ne jugeons pas pertinente : religion, matériel canalisé, personnage politique corrompu, groupe ou association aux idées sectaires, etc. Ceci est une erreur : la vérité est éparse et se récolte en petits morceaux par-ci, par-là. Ne pas accepter de se mouler à un dogme est essentiel, mais en rejeter systématiquement tout ce qui en provient sous prétexte que c’est un dogme est une erreur commune. Il faut savoir tout considérer, et ce, peu en importe la source. Le message n’est pas le messager. Il est pratique courante, dans nos sociétés modernes, de diaboliser un groupe ou un individu afin de discréditer l’information qu’il véhicule, mais ce n’est là qu’un paralogisme de l’esprit. Une pomme rouge est un fruit, mais un fruit n’est pas nécessairement une pomme ni rouge. Et ce n’est pas parce qu’un écrivain est névrosé et qu’il somatise la moindre émotion qu’il ne détient pas une parcelle de la vérité. Chaque point de vue offre un angle particulier et chaque angle est à considérer. Les quatre aveugles à qui on demande de décrire l’éléphant devant eux en est un bon exemple. C’est la vue d’ensemble qui importe et elle provient justement de plusieurs points de vue différents qui sont, à eux seuls, incomplets.

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L’aspect intérieur

Plus notre volume d’informations sera important, plus nous accumulerons de données sur divers sujets, plus nous serons en mesure de les assembler en une réelle connaissance, mais ce, seulement en les couplant à l’expérience. La connaissance de notre machine intérieure est tout aussi importante que l’accumulation d’informations en provenance de l’extérieure. En effet, notre être entier est une incroyable « machine à comprendre » dont la performance dépasse l’entendement que nous en avons habituellement. Nous saisissons des milliers, voire des milliards, de stimuli à la seconde et les traitons tous, sans en omettre un seul! Certes, nous n’en avons pas conscience – et c’est là une grande partie du problème –, mais il demeure que nous habitons un corps d’une complexité ahurissante dont les capacités sont à couper le souffle. Et c’est de l’intérieur de cette « demeure philosophale » que nous nous affairons à comprendre la réalité et tenter de lever le voile de la Mâyâ. Il est donc primordial d’accorder une importance toute particulière à cet aspect. De façon plus terre à terre, disons que nous aurons beau détenir l’information selon laquelle le ciel est bleu, si nous portons des lunettes teintées, nous n’arriverons jamais à valider cette information et risquons de la rejeter malgré sa validité. C’est en ce sens que notre machine, notre psyché, notre intellect et nos émotions doivent être passés sous la loupe de façon tout aussi rigoureuse que nous le faisons avec des informations provenant de l’extérieur. Chaque préjugé, chaque réaction émotionnelle affectera nos perceptions de ce qui est et nous devons impérativement en prendre compte et savoir en évaluer l’impact sur notre jugement. C’est là tout l’art du discernement.

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Douter de tout et ne rien tenir pour acquis

Le doute est un outil absolument essentiel. À ce point que nous pourrions (paradoxalement) affirmer que douter de ses propres doutes est une saine attitude à adopter. « Vous connaîtrez le doute et le doute vous affranchira », disait un inconnu. Et il n’avait pas tort. L’incessante répétition du statu quo officiel, tout en tambours et trompettes via les médias et l’« éducation », finit par aplanir notre propension naturelle au doute et au questionnement. « C’est ainsi parce que c’est ainsi ». Douter de ce qui est considéré comme avéré est jugé comme une tare et nous ferions mieux de nous trouver un bon emploi plutôt que de perdre notre temps. Les sociétés dans lesquelles nous vivons demandent, voire exigent que nous tenions pour acquis un grand nombre de choses. De nos « devoirs de citoyen » en passant par « les bonnes manières » jusqu’aux « obligations morales », tout est prétexte à l’ablation de cette aspérité de l’esprit qu’est la conscience (qui, elle, questionnerait bien sans relâche). Oser le doute, examiner lesdits acquis en les questionnant sans restreinte nous redonnera une vision plus critique et plus juste.

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Questionner les prémisses

L’art de chercher « de midi à quatorze heures » doit son existence à l’inattention que nous portons aux prémisses de départ. Elles sont couramment tenues pour acquises et nous envoient paître dans le champ des nombreuses fausses possibilités. Allons-y par l’exemple :

« Comment les pyramides ont-elles été construites par les Égyptiens? » et nous voilà lancés à perpète dans des suppositions à n’en plus finir simplement parce que nous avons avalé la prémisse limitative sans nous en rendre compte. Et si nous nous demandions comment elles avaient été découvertes par les Égyptiens? Voilà qui permet d’élargir nos horizons. Peut-être les ont-ils déterrées ou simplement trouvées déjà en place. Après tout, il y a des pyramides sur Mars, mais pas d’Égyptiens.

Tous les curieux du mystère se lancent dans la course à la localisation du continent de l’Atlantide. Encore une fois, prémisse avalée, chercheur égaré. Et si l’Atlantide n’était pas un continent, mais, disons, une civilisation qui s’étendait sur plusieurs planètes? Un lien à y voir avec les pyramides de Mars?

Un cratère d’impact, c’est rond. On le sait tous, c’est la logique même. Réellement? Et si nous parvenions à voir ce qui est plutôt que ce que nous croyons logique? Des cratères d’impacts hexagonaux et pentagonaux jonchent pourtant le sol de tous les corps célestes!

Une dernière pour la route : qui crée les agroglyphes? Remplacer qui par quoi pourrait nous éviter une autre prémisse déroutante.

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Contempler, observer et méditer

C’est en prenant le temps de prendre notre temps, en ralentissant le flot incessant de nos pensées quotidiennes, en osant s’arrêter de combler le vide simplement pour combler le vide que nous permettrons aux nouvelles informations de décanter et de faire leur chemin à travers notre psyché. L’observation, vierge et attentive, de choses en apparence insignifiantes parce que trop communes et, donc, considérées comme secondaires s’avérera une source intarissable d’inspiration et de remise en question. L’introspection est une forme de méditation tout comme observer avec curiosité, comme pour la première fois, une araignée tisser sa toile. À la fois merveille et intrigue, la contemplation dépoussiérée de ses a priori favorisera notre habileté à réorganiser nos conceptions d’une façon différente et donc de voir les choses sous un angle nouveau. Les « et si c’était ainsi? » fuseront et nos vieux schèmes de pensée en deviendront que plus souples. Notre psyché est la materia prima des alchimistes : nous devons la chauffer dans le creuset de notre boîte crânienne afin de la rendre malléable avant de pouvoir lui donner une quelconque forme.

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Tester, expérimenter et valider

Un autre aspect important de la quête de connaissances, trop souvent oublié, est l’expérimentation. En effet, acquérir de nouvelles informations ne se limite pas à lire, réfléchir ou écouter une conférence : une grande part des découvertes se fait par l’expérience. À quand remonte la dernière fois où nous avons relevé nos manches, nous sommes armés d’un crayon, d’une feuille de papier, des matériaux nécessaires et avons réalisé une expérience afin de valider un quelconque principe physique, une théorie psychologique ou simplement pour répondre à une interrogation que nous avions? Quand osons-nous investir de notre précieux temps (passé à pourchasser un quotidien qui, au final, nous rattrape) pour s’investir dans une recherche qui soit plus pragmatique que de la simple contemplation de concepts? Tester, expérimenter et valider ne semble s’appliquer qu’à la préconception que nous avons du chercheur à la blouse blanche reclus dans son laboratoire. Rien ne saurait être plus faux. La vie est un laboratoire et il serait capital que nous nous y investissions un tantinet. Encore une fois, nous tenons pour acquis ce que le statu quo officiel nous sert sur un plat d’argent : ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Prenons un tuyau de cuivre de plus de 30 centimètres et faisons-y descendre un aimant puissant : quelle surprise de voir qu’il y descend tout doucement comme s’il défiait les lois de la gravité! Exerçons-nous à l’aide d’une planche spirite et quel n’est pas notre étonnement de constater que l’effet idéomoteur répond à certaines de nos questions! Mélangeons sucre, eau et vinaigre, portons à ébullition, coulons ce mélange dans un récipient contenant des cristaux et des métaux et quelle stupéfaction de voir que cette création a des propriétés énergétiques étranges!

Mais l’expérimentation ne s’arrête pas au laboratoire extérieur : notre psyché est elle-même un sujet d’expériences fascinantes. « Le gymnase est en nous, toujours », disait Samael Aun Weor. Nos rêves sont dignes d’être consignés dans un journal, relus et analysés. Notre inconscient peut être sondé de façon consciente par une myriade d’exercices mentaux des plus surprenants. Il nous est possible de nous rappeler à nous-mêmes le plus souvent possible et palper la différence que cette activité engendre dans notre vision des choses et nos comportements. Réussir à établir un pont entre notre propre psyché et la réalité extérieure s’avérera d’une richesse insoupçonnée. Tout ceci fait partie intégrante de la quête de connaissances.

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Corps et âme

Ratisser large, butiner à tout vent sans discrimination, cultiver notre curiosité en toute chose, valider/invalider nos doutes et hypothèses par l’expérimentation, se faire l’avocat du diable de nos propres motivations/actions, sonder nos rêves, étudier notre propre machine, considérer des idées nouvelles…

Ne jamais jeter l’ancre sauf si la chaîne n’y est pas attachée!

Oser laisser le temps s’écouler entre les doigts de notre quête jusqu’au dernier grain du quotidien afin de vivre, de faire et d’accomplir.

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N’oublie jamais qu’oser le risque est, essentiellement, mener une existence libre.

Le Manuel de l’utilisateur

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