Cet article est un texte qui a été écrit pour la revue Vivre sous le thème « L’éthique :  nous sommes la solution« . Revu et adapté pour Zone-7.

ethique

Dans un monde où nous faisons la guerre pour la paix sous l’insidieux prétexte de la « sécurité », dans un monde où les progrès de la science ne servent en réalité que les intérêts capitalistes des grandes multinationales, dans un monde où les innombrables divertissements viennent noyer le peu qu’il reste de notre petite voix intérieure, nous voyons surgir de toute part des « comités d’éthique » afin de tenter de réguler les actions et comportements qui pourraient être amoraux. Nétiquette, code de déontologie, droits de l’homme, obligations morales… (Au fait, est-il moral d’obliger? Passons.) L’éthique semble une priorité dans pratiquement tous les domaines et pourtant nous semblons passer à côté de l’important comme si nous étions aveugles à notre propre empathie, statu quo oblige.

Je ne suis pas d’affiliation Wicca (ni autre, d’ailleurs), mais la devise wiccane « fais ce que veux, mais ne blesse personne », en apparence simpliste, est la fondation sur laquelle repose toute la philosophie de cette doctrine. J’en connais très peu sur cette dernière, mais ce qui interpelle est le fait que cette maxime exprime avec exactitude la trame de fond de toute morale populaire. En effet, s’il existe un principe sur lequel nous nous entendons généralement et qui soit quasi universel, c’est bien celui de ne pas faire de mal à autrui – consciemment, du moins. Tout être doté d’empathie le ressent profondément et a une aversion naturelle envers tout tort fait à un autre être vivant. Aussi, la liberté de « faire ce que nous voulons » est une propension toute naturelle : tout croît, tout cherche à s’émanciper et à combler librement ses besoins et ses désirs. Donc, pris au sens large, ce simple énoncé « fais ce que veux, mais ne blesse personne » est synonyme de liberté dans le respect. Nous pourrions le considérer comme une sorte de pierre d’assise sur laquelle pourrait très bien s’élaborer un réel système moral plus complexe. Et je dis bien « pourrait » car…

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Facile à dire, mais difficile à faire

C’est un peu comme Les quatre accords toltèques dont la déconcertante simplicité laisse rapidement place à la compréhension que leur mise en application est des plus difficiles.

Commençons par « fais ce que veux » : savons-nous réellement ce que nous voulons? « Bien sûr », répondrons-nous hâtivement. Mais lorsque nous prenons le temps de nous pencher sérieusement sur la question, nous nous rendons compte qu’elle n’est pas aussi simple qu’elle ne le paraît. Prendre une feuille de papier, la séparer en deux colonnes en inscrivant d’un côté « ce que j’aimerais faire » et de l’autre « ce que j’aime faire » est un exercice ahurissant. Contradiction sur contradiction, nous avons peine à remplir ces deux colonnes sans être consternés par l’évidente dichotomie de nos propres désirs.

Et que dire du « ne blesse personne »? Ceux d’entre nous qui sont plus sensibles, plus empathiques ont rapidement (et douloureusement) compris que c’est tout simplement impossible. Au même titre qu’il « n’est pas possible de plaire à tout le monde et à son père », il est tout bêtement impensable de réussir à ne jamais blesser qui que ce soit dans une vie qui, par définition, est relationnelle. L’idée n’est donc pas de blesser personne, mais plutôt de prendre sur nous l’entière responsabilité de nos actes et de s’affairer à réparer les pots cassés au fur et à mesure de nos agissements.

Sans moi, point de morale

Mettons un instant de côté les contradictions quant à nos propres désirs – bien qu’ils expriment un imposant manque de connaissance de soi – et regardons de plus près ce « personne » de l’énoncé. Qui est « personne »? La première chose qui nous vient à l’esprit est « tout le monde », certes, mais cela nous inclut-il? Rarement prenons-nous conscience que nous faisons, nous-même, partie de ce tout qu’il n’est pas moral de blesser. Et rarement considérons-nous que le fait de ne pas nous blesser nous-même puisse être d’ordre éthique. Ne sommes-nous pas, d’abord et avant tout, notre première responsabilité personnelle? La vie existe-t-elle à l’extérieur de nous ou passe-t-elle par nous?

« Charité bien ordonnée commence par soi-même », dit-on. Pourtant, c’est avec une sorte de soumission désabusée que nous préférons, dans un nombre impressionnant de cas, laisser les événements se dérouler de façon à ce que le blâme nous soit attribué – et ce, habituellement à tort – car c’est tout simplement plus facile ainsi. En effet, lorsque nous nous trouvons dans une dynamique où accepter un blâme (qui ne nous appartient pas) calme le jeu pour plusieurs, nous ne prenons normalement pas le temps d’évaluer l’impact réel sur nous-mêmes et préférons le « bien » de tous au détriment du nôtre. Les ruptures de couples où l’on s’exprime par : « Non, non, c’est moi le problème, ce n’est pas ta faute » en sont un bel exemple. Bien que de savoir reconnaître honnêtement nos propres torts soit essentiel, quand ces derniers ne sont pas nôtres c’est tout comme si les schémas comportementaux de notre enfance, dont la survie dépendait principalement de notre habileté à prendre la forme du moule parental, étaient toujours actifs et que nous avions conservé cette propension à « porter des chapeaux qui ne nous font pas ». Une sorte d’économie relationnelle dont nous sommes à la fois bourreaux et victimes. Et c’est donc en ce sens qu’une saine éthique de vie se doit de prendre en considération la source même de son émergence : nous-même. Se plier à de vieux schémas, à un code issu d’une religion, d’une culture ou d’un ordre professionnel en le faisant passer par-dessus notre propre ressenti intérieur est une grave erreur dont beaucoup de nous payons toujours le prix, décision après décision, choix après choix.

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Alors?

Comme toute formule de sagesse populaire, il faut prendre la devise wiccane comme un kōan. C’est un appel à la réflexion et à une remise en question de ce que nous tenons habituellement pour acquis vis-à-vis ce qui est « bien » de faire ou de ne pas faire. Considérer comme important le respect de soi-même n’est pas égoïste lorsque nous mettons aussi le bien des autres dans la balance. Qui plus est, comment pouvons-nous prétendre savoir ce qui est « bon » pour les autres si nous ne savons même pas ce qui est bon pour nous-même? Si nos désirs nous demeurent nébuleux et contradictoires, il faut en conclure qu’il en est de même pour autrui. En ce sens, se laisser blesser pour permettre aux autres de réaliser les leurs propres désirs est probablement une double erreur.

Il en va donc de notre responsabilité personnelle à la fois envers nous-même et envers autrui de forger notre propre ligne de conduite sans s’en laisser imposer une par qui que ce soit autre que par notre propre conscience. Il est certes difficile de savoir refuser les diverses pressions sociales, mais ce n’est qu’en étant à l’écoute de cette « petite voix intérieure » et en agissant en conformité avec cette dernière que nous parviendrons à une véritable forme d’éthique personnelle et de conscience morale.

Laissons donc de côté les formules toutes faites des codes d’éthique industrialisés et des obligations morales prescrites sous peine de châtiments et optons pour une réelle responsabilité personnelle envers soi et envers les autres : envers la vie elle-même.

Fait ce que dois et prends-en l’entière responsabilité.

-Webmestre Zone-7