Le concept de « connaissance », au sens de savoir, est de ceux qu’il est difficile d’expliquer et d’exprimer. Les dictionnaires sont d’ailleurs, à son sujet, peu loquaces. Selon le Petit Robert : Fait, manière de connaître. Ou selon Antidote : Ensemble des choses connues, du savoir. Mais encore! Toujours selon Antidote, savoir : ensemble de connaissances organisées qui ont été acquises par l’étude. On tourne ici en rond, mais c’est de mise, car il est difficile de tourner en carré :-). Bon, voilà ce qu’on nous dit sur connaître : avoir une idée de la nature de (qqch.), de ses caractéristiques ou avoir l’expérience d’une chose et se faire une idée de ou avoir vécu, ressentir ou encore avoir présent à l’esprit un objet réel ou vrai (concret ou abstrait ; physique ou mental). Certes, la connaissance est issue soit du vécu, de l’expérience ou de l’acquis, soit d’un ensemble d’informations reçues, mais nous sommes loin d’une définition claire, et ce, peut-être parce qu’il n’y en a pas réellement. Après tout, dans un monde où tout a une forte propension au matérialisme, il n’est pas surprenant que les « choses » de l’esprit, du spirituel n’aient que des définitions vagues et qui se renvoient mutuellement la balle.

Pour tenter de nous rapprocher d’une définition plus solide, nous nous devons de commencer par le commencement. La distinction entre « vécu » et « acquis » est importante. L’expérience d’un état de transe chamanique, par exemple, se décrit difficilement en mots et une fois faite, elle ne résulte qu’en une approximation, une vulgarisation de l’expérience. Idem pour le goût d’un aliment : on peut décrire sa consistance, sa couleur, mais son goût ne se traduira que par un indice tel que sucré, salé, piquant, etc. L’acquis, pour sa part, est justement cette approximation constituée d’un ensemble d’informations visant à décrire l’expérience.

Mais si les informations ne sont que piètres imitations de la connaissance réelle, quel est leur rôle? Leur rôle est de la plus grande importance lorsqu’elles sont valides et qu’elles sont mises à profit. En effet, utilisées en tant qu’outils, elles peuvent (et devraient) servir à se bâtir un chemin vers l’expérience, donc vers la connaissance. Toute technique, toute pratique est information alors que son résultat est connaissance, expérience.

Mais qu’est-ce qu’une information? « In » formation. IN- Élément locatif, du latin In, préposition « en, dans ». Donc, dans la formation, dans la forme.

Oui, dans la forme. Tout est dans la forme.

Ne parlons-nous pas de former quelqu’un? De suivre une formation? L’utilisation des formes, de la géométrie et même de la topologie à travers le langage est carrément remarquable lorsque nous nous y attardons. Nous parlons d’un cercle d’amis, de notre sphère d’influence. Nous établissons un parallèle entre deux événements. Nous aimons être le centre de l’attention et nous faisons nos courses au centre d’achats. Nous prenons position lors d’un litige, nous sommes d’un côté. Se concentrer, c’est être avec son centre (con, élément du latin « avec »). Nous planifions, rendons la surface plane. Nous avons parfois un raisonnement circulaire et revenons à notre point de départ, comme lorsque nous traitons des gens d’épais parce que nous les trouvons plates. Nous suivons une ligne de conduite précise, surtout lorsque nous sommes encadrés. Une période d’incubation, littéralement « mettre dans un cube ».

Cette liste est loin d’être exhaustive, mais nous en dégageons rapidement qu’il y a, à l’intérieur de notre mode de communication, nombre de références géométriques et spatiales. Même des prépositions telles que « en » placent le sujet à l’intérieur de quelque chose : être en danger. Même certaines références de position deviennent parfois des qualificatifs ou des adverbes : …déshonorer par des bassesses et des intrigues adroitement manigancées ethautement habiles…

Des études telles que celle de Bernard Victorri et ses collègues sur la géométrie du langage (Revue de synthèse numéro 124 : Géométrie et cognition, 2003) tendent à confirmer cette hypothèse :

On peut donc formuler notre hypothèse de manière plus précise : il s’agit d’étudier les relations spatiales évoquées par les unités grammaticales des langues pour tenter de répondre aux questions suivantes : quelles propriétés géométriques sont inscrites dans le langage à un niveau structurel, et dans quelle mesure cette géométrie privilégiée par le langage a-t-elle une base cognitive?

En effet, entre le langage et l’esprit, il ne reste plus qu’un tout petit pas à franchir. Si notre psyché se moule à un modèle géométrique, ceci transparaîtrait conséquemment dans nos modes de communication, tant pour l’oral que, disons, pour la pictographie (par exemple, les feux de circulation qui sont ronds, carrés ou losanges, ce qui, d’une façon subtile, indique la marche à suivre).

D’ailleurs, les alchimistes et les bâtisseurs de cathédrales abondent aussi en ce sens : leur langage est géométrique et mathématique. On dit de ces cathédrales qu’elles sont de véritables traités de psychologie. Tout semble répondre à l’hypothèse que la forme est langage et représentation des fonctions cognitives de notre psyché.

La vie organique elle-même abonde en ce sens.

Certains croient avoir découvert que les lettres de l’alphabet hébreu représenteraient une forme particulière qui se logerait de différentes façons à l’intérieur d’un tétraèdre. C’est le cas de Stan Tenen de la Fondation Meru. Si cela reste à officialiser, une chose est certaine concernant les caractères de cette langue : c’est qu’à chaque lettre est attribuée une valeur numérique. C’est donc dire que ce langage aurait à la fois une fonction purement linguistique, une fonction mathématique et probablement même une fonction géométrique. Ce n’est pas peu dire!

De plus, au sujet du tétraèdre, R. Buckminster Fuller, le maître incontesté de ce solide platonique, a écrit un ouvrage dans les années 70 intitulé Synergie : Explorations de la Géométrie de la Pensée (Synergietics : Explorations in the Geometry of Thinking) renforçant définitivement l’idée selon laquelle cognition, donc langage, donc information seraient tous de nature géométrique.

« Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre »!

À noter, en guise de conclusion, que le phénomène des agroglyphes est aussi très révélateur à ce sujet, car si l’unité de base servant à la compréhension et menant à la connaissance est réellement contenue dans la forme et dans la géométrie, il est clair que ceux-ci sont des messages, voire des enseignements. Ils seraient le contenu sans contenant d’un savoir qui nous arrive « d’ailleurs », d’un autre plan.

Mais tout ceci n’est que la pointe de l’iceberg. Encore faut-il savoir transformer ces informations en réelle compréhension, en réelle connaissance.

 

– Webmestre Zone-7