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Précisons, dès le départ, que je serais plus qu’enchanté que toute cette histoire d’orgonite ne soit pas un « spin » ou de l’intox : qu’on me montre « le droit chemin » et que l’illumination s’ensuive. Mais pour le moment cet article constitue mon avis personnel forgé par les lectures, les réflexions et, surtout, par l’expérience. J’espère simplement qu’il serve à mettre un bémol sur l’engouement aveugle que suscite présentement l’orgonite en engendrant réflexions et précautions. J’espère aussi qu’il ouvre une brèche chez les détracteurs officiels et permette une réflexion et une expérimentation plus sérieuses. Car, à mon sens, les promoteurs sont aveugles et les détracteurs ne veulent pas voir. Je tente donc, ici, de faire la part des choses.

Il y a de nombreuses années, je me suis penché sur cette supposée miraculeuse petite chose que l’on nomme orgonite car, ayant beaucoup lu sur Wilhelm Reich, et ce, avec fascination, j’étais très emballé de trouver de nouvelles techniques basées sur ses travaux. Ce qui fascine de l’orgonite est son extraordinaire simplicité en comparaison aux fastidieux et complexes travaux de Reich. Plus besoin d’attendre des conditions météo favorables pour utiliser un oreiller à orgone, des couvertures à orgone ou encore un accumulateur d’orgone. De plus, l’orgonite n’a apparemment aucune restriction dans les matériaux de construction bien que, selon Reich, l’aluminium et le cuivre (entre autres) ne sont pas bénéfiques pour l’humain et sont à proscrire. Avec l’orgonite, c’est le bonheur, tout est permis : vis, boulons, bouchons de bières, clous, trombones, copeaux de toutes tailles et de tout acabit. Alors, j’ai sauté dans le wagon, ai acheté les dispendieux matériaux nécessaires (à l‘époque l’orgonite de sucre n’était pas née) et me suis mis à la production. Après avoir pratiquement intoxiqué tout l’immeuble à logements que j’habitais à l’époque – résine toxique oblige –, mes deux premiers « TB » étaient prêts. J’ai fait « tester » les « appareils » par une amie « sensible aux énergies », mais rien de concluant ne s’en dégageait… outre la toxicité de leur fabrication. L’expérience avait semé le doute dans mon esprit, alors je me suis remis à la lecture. Tout est devenu clair avec un peu de recul : c’était de l’intox (dans les deux sens du terme!). J’ai donc abandonné ce projet et, chemin faisant, fait l’erreur commune de jeter l’eau avec le bébé du bain. Enfin, quelque chose comme ça…

Par la suite, j’ai croisé à plusieurs reprises des articles sur le sujet car celui-ci gagnait en ampleur avec les années. Et c’est le même sentiment que tout ceci était de la désinformation à grande échelle qui, chaque fois et avec une force grandissante, s’emparait de moi.

Premièrement, impossible de trouver dans la littérature quelque chose qui ressemble à une explication scientifique valable. Certes, la science officielle n’a que faire de la science populaire, mais le peu d’informations accessibles parlent des travaux de Reich et des avancées de Don Croft sans pour autant expliquer ni dire pourquoi on utilise des matériaux qui, selon Reich, sont à proscrire – du moins, en ce qui concerne les bienfaits pour l’être humain.

Les exemples de « voyez que ça marche et que c’est merveilleux » sont basés sur des à-peu-près et du n’importe quoi. Par exemple, le fait que des stalagmites apparaissent sur des cubes de glace au congélateur en présence d’orgonite est simplement dû à une cécité aberrante : il s’est toujours formé des stalagmites dans les congélateurs! Même à l’extérieur, à l’air libre, naturellement. C’est un phénomène connu dont l’explication est simplement que la solidification de l’eau se fait d’abord sur les limites de son volume. Lors de cette première étape, si une impureté (un fil, un poil, une bulle, une poussière) se trouve à la surface elle forme un minuscule trou. Ainsi, la solidification se poursuivant, l’augmentation du volume intérieur pousse doucement l’eau par le trou et cette dernière gèle au fur et à mesure de sa progression. Il y a donc formation de stalagmite. Ce n’est pourtant pas sorcier ni un phénomène rare : observez simplement les glaçons dans votre congélateur, vous les prendrez en flagrant délit, orgonite ou non. Un autre exemple : une végétation plus abondante dans les potagers exposés à l’orgonite semble, à première vue, « confirmer » les hypothèses bienfaisantes de l’orgonite, mais que sait-on réellement des valeurs nutritives de ces aliments? Si nous ajoutons une bonne dose de pesticides et d’engrais chimiques dans un potager, il sera beaucoup plus verdoyant et fourni que celui du voisin, mais je crains qu’il ne soit plus nutritif. D’ailleurs, la végétation n’est-elle pas plus luxuriante autour des pylônes électriques? Pourtant ces derniers ne sont pas considérés comme bénéfiques pour l’être humain, bien au contraire. Un dernier exemple : utiliser de l’orgonite pour faire disparaître les algues dans une piscine, c’est intéressant, mais le fait de tuer une forme de vie avec un appareil dispensant de l’ « énergie vitale » me rend le tout très suspect. Du moins, légèrement paradoxal.

Et pour enrober le tout d’un délicieux glaçage chocolaté, les mouvements populaires de « guerre éthérique » (rien de moins) et de « gifting » (répandre de l’orgonite à tout vent pour « faire du bien ») réussissent à mobiliser un nombre incroyable de personnes qui se mettent à l’œuvre : du sucre blanc, des cristaux et des boulons contre le Nouvel Ordre Mondial (rien de moins, encore une fois)! Car, voyez-vous, déposer des « appareils » d’orgonite près des tours de communications (qu’on sait nocives) leur enlèverait tout effet secondaire et aurait même pour conséquence de « purifier » lesdites ondes. Pensée magique, quand tu nous tiens.

Ces mouvements laissent extrêmement perplexe et possèdent tous les éléments classiques d’un « spin » New Age. Avec les années, ils ont pris une ampleur considérable sans pour autant contribuer d’une quelconque façon à la littérature existante, ce qui donne encore à réfléchir. Remarquons aussi que la grande majorité des promoteurs d’orgonite… en vendent sur leur site.

Mais revenons à la base. Les travaux de Reich sont très complexes et un accumulateur d’orgone n’est pas toujours « bon ». Entre autres, il ne faut pas l’utiliser lors de mauvais temps (très nuageux) et d’orages. Aussi, certains matériaux ne sont pas adéquats pour la construction d’appareils à orgone (de mémoire, le cuivre et l’aluminium, entre autres). De plus, selon Reich toujours, même l’attitude intérieure de l’opérateur de certains appareils (notamment le canon à nuage) est très importante et affecterait les résultats des expériences. En somme, il est évident qu’entre orgonite et Reich, il y a tout un monde. D’un côté, nous avons un amalgame de métaux et d’un matériau organique qui « ne fait que du bien », peu importe les paramètres de sa construction ou de l’environnement immédiat, et de l’autre côté une science incomplète, délicate et complexe étudiée des décennies durant par un chercheur lucide aux protocoles scientifiques rigoureux. Dans la balance, mon cœur chavire.

Comprenons ici que des affirmations telles que « l’orgonite transforme l’orgone négative émise par de nombreux appareils électroniques en orgone positive »[1] ou encore « l’orgonite adoucit les effets des émissions radio dangereuses »[2] sont simplement des sacs fourre-tout basés sur le très scientifique fait que « les personnes extrêmement sensibles ressentent un champ d’énergie autour des objets en orgonite. »[3] C’est là tout le bagage scientifique de ladite orgonite. Encore une fois, dans la balance, mon cœur chavire.

Mais l’engouement populaire continue et c’est en 2006 que (feu) Évolution Québec lance, après de longues – et somme toute intéressantes – recherches, l’orgonite de sucre. Désormais, tous pouvaient faire de l’orgonite, sans exception, et le Nouvel Ordre Mondial se devait de trembler de peur car une caste illuminée de la population s’apprêtait à lui livrer une guerre éthérique sans merci et… M’enfin. Pas contre, l’idée de trouver une alternative à la très toxique résine préalablement utilisée vaut son pesant d’or : la possibilité d’expérimenter à bon marché un principe scientifique mal compris.

C’est ainsi que quelques années plus tard, malgré mon désabusement constant (voire croissant), certaines lectures, recherches et réflexions m’ont remis en contact avec le sujet et comme l’idée d’une matrice de sucre plutôt que de résine toxique était attrayante, je me suis mis à cuisiner des friandises – littéralement.

Mais pourquoi tenter à nouveau d’expérimenter avec quelque chose que je considérais comme de la désinformation? Parce qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Premièrement, les travaux de Reich sont fascinants et mes expériences avec oreillers à orgone, accumulateurs d’orgone en forme de pyramides tronquées, etc. m’ont donné des résultats tangibles (bien qu’incomplets) qui valaient la peine d’être poursuivis. Mais aussi et surtout parce qu’en butinant et en croisant des informations dans divers domaines, j’ai cru comprendre une partie du fonctionnement de l’alternance organique/métallique de la construction des appareils de Riech : l’électricité. Quelle ne fut pas ma surprise de lire dans un vieux fascicule de Science Club sur l’électricité (datant de 1966), la composition d’un condensateur radio standard.

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Vous avez bien lu : « Le condensateur radio classique est constitué d’un enroulement scellé de feuilles de métal et de papier »[4]. En somme, un « appareil » à orgone : une alternance de matériau organique (papier) et métallique. Le condensateur, tout comme l’accumulateur d’orgone, accumule et dispense de l’énergie. Mais est-ce que nous pouvons considérer l’électricité comme de l’énergie vitale? Ou vice-versa? Toute forme d’énergie est vitale : tout corps organique génère et consomme de l’électricité. Nous ne prenons pas nos antioxydants le matin pour rien : ils nous fournissent des électrons supplémentaires!

Bref, je me suis donc mis à la confiserie. Et même si je savais pertinemment que les « chemtrails » étaient une désinformation à la COINTELPRO, mon attirance particulière pour le design d’un « chembuster » a orienté mon choix de fabrication et je me suis mis au travail. Bien entendu, je n’avais aucune intention de disperser quoi que ce soit dans le ciel ni ne m’attendais vraiment à un quelconque résultat autre qu’une belle sculpture pour le potager et une chance d’expérimenter un tantinet. J’ai fait ladite sculpture dans les règles de l’ « art » : six courts tubes de cuivre équidistants et fermement tenus en place dans un sceau de métal. Un gros cristal de quartz déposé au fond de chaque tube, des scories de métaux de toutes sortes dans un ratio de 50/50 et hop, on y coule le sucre. Une fois ce dernier bien durci, des tuyaux de cuivre de 1.5 mètre y sont ajoutés en utilisant des coupleurs et la structure maintenue par le haut à l’aide d’une planche de bois préalablement percée. Le tout scellé et hydrofuge. De l’art moderne pour le potager.

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Cette sculpture a passé quelque temps à décorer ainsi le potager avant qu’un phénomène particulier ne fasse son apparition, et ce, à mon grand étonnement. En effet, à quelques reprises, au matin levant, tasse de café à la main et arpentant le potager, j’ai été surpris de constater que l’arrangement de terre, de pousses et de roches au bas de la « sculpture » avait été… déterré? Pourtant, pas de traces de petites (ou grosses) bêtes et aucun dommage aux pousses de haricots présentes. Après plusieurs jours d’observation (bien que non consécutifs), il m’est clairement apparu qu’il se passait quelque chose avec la base en orgonite de la structure.

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Maintes fois ai-je remis en place terre, pousses et roches afin de réparer les dégâts et, chaque fois, l’absence de traces d’animaux, l’étalement presque uniforme de la butte de terre et le fait que la pousse de haricots demeurait intacte m’intriguaient au plus haut point. Aussi, seul le centre de la butte semblait être demeuré en place, du moins partiellement. Mes hypothèses se sont arrêtées sur deux mots : éclatement et vortex. Soit une sorte d’explosion au centre, soit un vortex, soit les deux. Comme le phénomène était récurrent, j’ai décidé de tester mes hypothèses en remplaçant la pauvre pousse traumatisée par un assemblage de pierres de couleurs afin d’établir un modèle de dispersion – advenant le cas où mes hypothèses étaient exactes.

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Des couleurs différentes pour des distances différentes par rapport au centre devaient suffirent à établir un certain constat. Les résultats ont été sans équivoque et ne laissent, dans mon esprit du moins, que peu de place à l’erreur.

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Il s’agissait bien d’un éclatement de type vortex : les billes bleues et blanches (celles en périphérie) ayant été projetées plus loin et les vertes, les roses et la noire (celles du centre) étant majoritairement restées au centre, bien que mêlées, même presque visiblement « tournées ». On note aussi sur les photos que la distance qui sépare les billes les plus lointaines est significative comparée à celle des roches du départ : probablement parce qu’elles sont plus légères. Oui, la science citoyenne peut être très intéressante!

Ce phénomène de vortex, qui demeure somme toute hypothétique faute d’expériences subséquentes, ne se produisait qu’au petit matin. Je n’ai pas eu le loisir d’en déterminer l’heure exacte, mais je soupçonne fortement « l’heure magique » du lever du soleil. Étant donné qu’une composante électrique entre en jeu, la différence de charge électrique au sol (spécialement au lever et au coucher du soleil) pourrait y jouer un rôle important. Une simple expérience, basée sur les travaux de Tesla, qui consiste à enfoncer dans le sol un fil de cuivre et d’en attacher un autre au sommet d’un arbre permet de constater un faible potentiel électrique. Et comme la « sculpture » a été coulée dans un sceau en métal spécifiquement car elle était destinée à être enfoncée dans le sol, donc à pouvoir puiser « l’énergie vitale » de son environnement immédiat, il me semble logique qu’au lever et/ou au coucher du soleil il puisse y avoir une accumulation/transformation d’énergie. Par contre, que cette dernière soit assez importante pour créer ce « vortex » que mes yeux n’ont pas eu la chance de voir, me paraît tout à fait exceptionnel. Notons aussi que, dans l’hypothèse d’une composante électrique, les cristaux de quartz sont particulièrement reconnus comme de bons récepteurs et transmetteurs d’ondes électromagnétiques (donc d’énergie) puisqu’ils possèdent des propriétés piézoélectriques et pyroélectriques (ils sont d’ailleurs encore largement utilisés dans un grand nombre de récepteurs et/ou émetteurs de type radio).

Cela dit, ces observations sont intéressantes et cette mini-expérience probablement fascinante, mais ça ne prouve en rien les supposés bienfaits de l’orgonite sur l’être humain et son environnement.

D’ailleurs, à titre d’exemple d’expériences à ne pas faire, il me semble important d’ajouter cette autre petite expérience. Lorsque j’ai coulé ma structure, j’en ai profité pour confectionner aussi sept (oui, j’aime bien ce chiffre) petits pots à conserves, toujours dans les règles de l’art : cristal de quartz au centre, 50/50 métaux de toutes sortes et sucre à confiserie. Plusieurs tests de germination de semences sur ces pots versus des semences de contrôle ailleurs dans la maison ont été totalement non concluants : aucune différence dans la croissance. Mais question de tester le plus objectivement possible si un être humain ressentirait les « bienfaits » de ces « appareils », j’ai eu la lumineuse idée de disposer les sept pots sous un lit d’y dormir une nuit. Juste pour voir. Les résultats ont été tout sauf subjectifs : une nuit extrêmement mouvementée et difficile et un réveil dans un état physique des plus déplaisant, voire de maladie. J’en ai eu pour 24 heures avant de m’en remettre et j’ai passé la journée entière à souffrir d’une façon difficilement descriptible et à être totalement non fonctionnel. Un mauvais quart d’heure qui dura une journée complète.

En clair, l’orgonite n’est pas inoffensive! Par contre, ce n’est en rien un gage d’une « bonne chose ».

À mon sens, tous les mouvements de guerre éthérique, de gifting et de « venez acheter mon orgonite, elle vous fera du bien » ne sont que mensonges, spins New Age et désinformation – comme (soupir) tant d’autres choses.

Mais, question de me répéter, il n’y a pas de fumée sans feu. Et quand nous ajoutons une épaisse couche de fumée comme pour brouiller les pistes à la COINTELPRO, je crois sincèrement qu’il y a matière à investigation. Et investiguer je ferai car les mots « énergie libre » me viennent immédiatement, irrémédiablement et constamment à l’esprit.

 

-Webmestre Zone-7

 


 

Notes :

[1, 2, 3] Issu de http://orgonite.org/org/fr/l-orgonite/effets

[4] Science Club, L’électricité, 1966, p. 11.