Tout, incluant le monde que tu vois, ainsi que toi-même, le témoin du monde, tout est Un.

Tout ce que tu considères comme étant moi, toi, lui, elle, et cela, tout est Un.

Les êtres sensibles, ainsi que l’inerte et l’insensible (la terre, l’air, le feu et l’eau), tout cela est Un.

Le bien-être qui résulte de la conscience que « tout est Un » ne peut être obtenu par une conscience fragmentaire, séparant les choses et les êtres : tout est Un.

 

– Extrait du Ellâm Onru

 

Tout est Un. Voilà un des concepts les plus répandus dans la sphère Nouvel âge et dans les enseignements « spirituels » de toutes sortes. Tout est Un. Le concept est simple : l’Unité primordiale est la vraie réalité, la division est illusoire.

 

Vraiment?

Combien d’enseignants, de gurus, de sages et d’illuminés ont ainsi répandu la bonne nouvelle? On pense à Deepak Chopra, Rhonda Byrne (Le Secret), Brian Sanchez (All is one Society), etc., ainsi qu’à un très grand nombre de philosophies et de religions. S’il est vrai que « Le bien-être résulte de la conscience que  » tout est Un » », n’est-il pas étrange que ceux qui promulguent ce concept unificateur et guérisseur de tous les maux continuent tout de même de souffrir physiquement et émotionnellement? La peur, la colère, la tristesse, l’angoisse, les maux de tête et de dents perdurent pourtant, même chez ces « illuminés » illuminant le reste du monde. Comme on dit : « Vous les reconnaîtrez par leurs fruits ».

Le problème, c’est qu’ils oublient une chose : l’Unité, ce n’est pas l’expérience que nous vivons en tant qu’être humain. Nous ne vivons pas l’expérience de « l’unique source », s’il en est une.

Conceptuellement parlant, l’idée d’unité fondamentale a beaucoup de sens. La Vie, quelle qu’elle soit, semble émaner d’une force unique ou plutôt semble être une force unique, cette unité tout englobante. Et je suis même persuadé qu’à un certain niveau d’existence, c’est-à-dire au niveau de cette force vitale, oui, « tout n’est qu’un ». Mais nous ne sommes pas à ce niveau! Nous sommes humains et vivons une expérience humaine. Réaliser que tout émane d’une source unique peut être enivrant, extatique, mais cela ne nous enlèvera en rien nos douleurs physiques et émotionnelles. Ce serait dire que la mort d’un proche ne devrait pas nous peiner puisque, de toute façon, tout n’est qu’un. Ce serait dire que les tueries incessantes de par le monde, la pauvreté et la misère rampante ne devraient pas nous émouvoir parce que, de toute façon, tout n’est qu’un. Nous sommes Dieu qui s’expérimente lui-même, alors pourquoi se tracasser si notre enfant est dans le coma?

Bienvenue dans la sphère du « Nouvel Âge » : balivernes, propagande et appel à l’irresponsabilité face à notre propre existence.

 

Oui, mais non

Il va sans dire que rien n’est complètement séparé, voilà un constat indéniable. Le vide absolu tel que postulé par la science est un concept inexistant dans la réalité, tout comme un être humain totalement isolé n’existe pas. Son environnement physique immédiat l’affecte, les gens de son entourage immédiat l’affectent. Même sur une île « déserte », un être humain n’est pas isolé : la météo, la faune et la flore, le sable et les cailloux définissent son environnement et donc sa relation avec la vie. Et c’est bien de cela qu’il s’agit en réalité : la relation avec ce « tout » qui définit notre expérience et non pas le fait que ce soit un tout. Je ne suis pas un avec le monde, je suis en relation avec ce dernier. Je ne suis pas un avec ma table, mon grille-pain, ni ma voiture bien que je les utilise. Les psychopathes qui dirigent le monde de l’arrière-scène politoco-écono-socio-asservissante ne font pas un avec moi, mais ils sont en relation avec moi – directement ou indirectement.

Certes, nous nous rendons compte que l’Univers est fait de galaxies au même titre que notre corps est fait de molécules, que le système solaire et l’atome sont conceptuellement identiques, et oui il est enivrant de s’en imprégner, mais ça s’arrête là. C’est une contemplation enrichissante et instructive, mais la douleur d’une fracture à la jambe demeurera.

Ce « concept primordial » qu’est la Vie est unique et tout y est calqué, mais l’expérience est individuelle, la relation que nous avons avec ce « Grand Tout » est notre expérience de ce monde et c’est probablement là la raison de notre présence dans cet intermédiaire entre cellule et galaxie. Et ce n’est pas en contemplant la beauté conceptuelle de cette matrice qui tisse tout que nous réglerons quoi que ce soit. Notre corps continuera d’être malade si nous ne nous en occupons pas à son niveau et nous continuerons à être angoissés si nous projetons, nous identifions et tentons de cadrer dans le moule sociétal établi.

 

Pièges spirituels

Cette approche simpliste qui tente d’instaurer l’expérience de l’unité au niveau humain comporte aussi plusieurs « pièges spirituels » marquants. Premièrement, elle considère habituellement notre jugement, notre pensée critique et notre intellect comme un obstacle à « l’union avec l’Un » alors que ces derniers sont des composants naturels et nécessaires à la bonne navigation dans le réel, à l’apprentissage et au discernement. Deuxièmement, elle simplifie de façon infantilisante la « spiritualité » en stipulant que nous sommes un avec Dieu et elle ne laisse ainsi que peu de place au sentiment de responsabilité personnelle face aux conséquences de nos actes et de l’état actuel du monde : elle laisse croire que la spiritualité est beaucoup plus simple qu’elle ne l’est en réalité. Troisièmement, elle manque cruellement de recul face à la connaissance. Puisque tout ce qui importe consiste à se sentir un avec tout, nous mettons de côté tout le travail nécessaire à un réel éveil. En effet, qui se donnera la peine d’ouvrir des livres et de lire afin de s’informer, réfléchir et comprendre pourquoi ce monde est tel qu’il est et d’en explorer toutes les facettes? Cela permet aux gurus et autres diffuseurs d’un tel message réducteur de diffuser fausses vérités et mythes éloignant ainsi leurs disciples de la réalité.

En conclusion

Il n’existe pas de raccourci ni de méthode simple ne requérant pas ou peu d’efforts pour atteindre une quelconque spiritualité, un quelconque éveil. Jeanne de Salzmann le disait en ces mots :

Mais vous verrez que ce n’est pas facile! Et ce n’est pas bon marché. Il faut payer cher. Pour les mauvais payeurs, les paresseux, les parasites, pas d’espoir! Il faut payer, payer cher et payer tout de suite, payer d’avance. Payer de soi-même. Par des efforts sincères, consciencieux, désintéressés. Plus vous serez prêt à payer sans vous ménager, sans tricher, sans aucune falsification, plus vous recevrez.

Et bien que ce concept d’une unité fondamentale de tout soit une exploration philosophique des plus intéressantes, il ne régit pas notre existence, ne définit pas notre expérience et ne règle, en réalité, absolument rien à notre état intérieur ni n’aide quiconque dans le besoin. Y méditer est bien, mais en faire une religion, un mode de vie et un but est tout autre chose.

Chaque chose à sa place.

 

– Webmestre Zone-7