Mais c'est une journée comme les autres, alors les travailleurs en route, branchés à leur iPod, ne regardent que le sol devant eux, comme pour être certains de ne pas trébucher dans le fil de leurs écouteurs. Ceux qui lèvent un peu les yeux, c'est pour mieux les fixer sur leur téléphone portable avec lequel ils s'affairent frénétiquement. Comme d'habitude, personne ne remarque la cicatrice du ciel tant ils sont noyés dans leurs pensées automatiques.
Ma marche dans le parc se déroule comme à l'accoutumée : je bifurque mécaniquement dans le même sens aux mêmes intersections, je croise les mêmes joggeurs dont le parfum excède la limite du tolérable et m'empêche quelque temps de respirer le bon air de la verdure qui s'éveille. Et comme d'habitude, mes pensées vagabondent en tout sens dans un torrent d'incohérence. Une pensée va vers la droite, une autre vers la gauche et une autre passe de haut en bas. De temps à autre, je pense à regarder la traînée s'étendre et elle me rappelle soudainement mes pensées mécaniques, car de la même façon que la traînée s'élargit dans le ciel et le couvre de plus en plus, mes vaines pensées automatiques vagabondent dans mon esprit jusqu'à y prendre toute la place. Peu de place au rappel de soi, peu de place au ciel bleu.
C'est une journée comme les autres qui commence.